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Des substances hautement toxiques :
Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ?
Les perturbateurs endocriniens (PE) sont des substances chimiques, étrangères à l’organisme, qui peuvent interférer avec le fonctionnement du système endocrinien et induire ainsi des effets délétères sur l’organisme ou sur les descendants. Ils influent négativement sur les processus de synthèse, de sécrétion, de transport, de stockage, de libération, d'action ou d'élimination des hormones.
Leurs impacts sur l’organisme :
Un certain nombre d’affections sont suspectées d’être la conséquence de l’exposition aux perturbateurs du système endocrinien :
- altération des fonctions de reproduction masculines : tendance à la baisse de la qualité et de la quantité du sperme observée dans certains pays ;
- troubles de la fonction reproductrice féminine en raison d’anomalies de la différenciation sexuelle, de la fonction ovarienne, de la fertilité, de l’implantation de l’embryon et de la gestation ;
- malformations du système reproducteur masculin : cryptorchidie (malposition des testicules), hypospadias (malposition de l’urètre) ;
- troubles de la maturation sexuelle (par exemple: puberté précoce) ;
- altération de la fonction thyroïdienne
- tumeurs des testicules, de la prostate et des seins ;
- pour les femmes enceintes, risque de mortalité intrautérine et de retard de croissance fœtale.
Les PE peuvent également altérer d'autres fonctions et comportements régulés par le système hormonal (croissance, appétit, sommeil, etc..).
Le cas du diethylstilbestrol, médicament prescrit dans les années 1950-1960 pour éviter l'avortement spontané, démontre bien l'effet d'une substance agissant comme un perturbateur endocrinien. Ce produit a causé des malformations chez les enfants exposés in utero ; les filles ont développé des anomalies du vagin ou de l'utérus et des formes inhabituelles de cancer de l'utérus lorsqu'elles ont atteint la puberté. Le diethylstilbestrol a été retiré du marché et interdit dans les années 1970.
Une étude récente illustre plus concrètement le lien entre perturbateurs endocriniens et impacts sur la santé, et plus précisément sur la fertilité. Cette étude parue en décembre 2012 et menée sur plus de 26 600 hommes a montré un déclin significatif de la concentration en spermatozoïdes du sperme et de sa qualité entre 1989 et 2005 en France. Les résultats de cette étude ont révélé qu’en 17 ans, la concentration du sperme (millions de spermatozoïdes par millilitre de sperme) a diminué de 32,2 % et de manière continue, soit de 1,9 % par an. Ainsi, pour un homme de 35 ans, le nombre de spermatozoïdes est passé de 73,6 millions/ml à 49,9 millions/ml en moyenne. Même les spermatozoïdes survivants seraient malformés puisque l'étude a montré une réduction de 33,4 % de la proportion des spermatozoïdes de forme normale en 17 ans. Ces résultats seraient en fait sous-estimés car la population étudiée aurait a priori tendance à moins fumer et moins souffrir obésité, deux facteurs connus pour nuire à la qualité du sperme. Pour les auteurs de l’étude, un lien avec les perturbateurs endocriniens est fortement envisagé.
Les PE dans l’alimentation :
Les PCB :
Les polychlorobiphényles (PCB) sont des polluants organiques persistants qui n’existent pas à l’état naturel. Ils ont commencé à être produits dans les années 30 pour leurs qualités d’isolation électrique, de lubrification et d’ininflammabilité. Rapidement, on les a retrouvés dans les transformateurs électriques et les condensateurs, mais aussi dans certains radiateurs ou autres équipements électriques. Interdits depuis 1987, les PCB sont encore présents dans notre environnement car ces composés sont très stables, donc très persistants. Liquides lipophiles, ils s’accumulent dans les tissus adipeux et se retrouvent de plus en plus concentrés dans la chaîne alimentaire : c’est la bio-accumulation.
Ainsi, les PCB se retrouvent dans les poissons, et particulièrement ceux qui se situent au bout de la chaîne alimentaire, les plus gros prédateurs comme les saumons. De même, sur terre, les PCB présents dans le sol se retrouvent dans les plantes, puis chez les animaux qui les consomment (comme les vaches, chèvres, volailles), pour finir dans les œufs et le lait. L’alimentation constitue donc la principale source d’exposition de la population générale aux PCB (plus de 90% de l’exposition totale) et toute la population française est concernée ! En plus d’être classés comme cancérogènes probables, les PCB sont des perturbateurs endocriniens ayant des effets sur la reproduction et la croissance ainsi que sur les systèmes immunitaire et endocrinien. Cela a été démontré par une chercheuse norvégienne lors de sa thèse soutenue en 2010. Elle a montré que les polluants organiques persistants (POP), tels que les PCB, affectent le fonctionnement du cortex surrénalien et la synthèse de l'hormone du stress, le cortisol. Elle révèle également que l'exposition aux PCB pendant la vie fœtale et la période d'allaitement modifie les niveaux de cortisol dans le sang des fœtus et des animaux adultes. Or, modifier l'équilibre du cortisol en début de vie peut conduire à une prédisposition à développer plusieurs maladies à l'âge adulte, comme le diabète et les pathologies cardiovasculaires.
Une étude récente a également montré qu’une exposition aux PCB pouvait augmenter le temps pour tomber enceinte. Menée entre 2005 et 2009, l’étude a porté sur 501 couples participant à l'enquête LIFE (Longitudinal Investigation of Fertility and the Environment) qui examinait la relation entre la fécondité et l'exposition aux produits chimiques environnementaux. Ils ont fourni des échantillons de sang pour l'analyse des composés organochlorés (PCB) et perfluorés (PFC). Les chercheurs ont constaté que les couples qui mettent le plus de temps à concevoir sont ceux dont la femme a été exposée au PCB 167 et dont l’homme a été exposé au PCB 138. Une exposition élevée de la femme aux PCB 118, 167, 209, ainsi qu’au perfluorooctane sulfonamide et une exposition chez l’homme aux PCB 138, 156, 157, 167, 170, 172, et 209, entraîne une diminution des chances de concevoir de 17 à 29%. Et une fois enceintes, les mamans exposées aux PCB ne sont pas à l’abri d’avoir un bébé qui présente une malformation. En effet, une étude menée en Chine a montré que les PCB pourraient être responsables de malformations lors du développement du fœtus. Les chercheurs ont mesuré les taux de PCB, de HAP et de certains pesticides dans les placentas de 80 nouveau-nés souffrant d’une anomalie du tube neural (ATN). Ce sont des malformations congénitales qui se forment entre le 20e et le 28e jour après la conception. Les cellules de la plaque neurale, correspondant aux cellules du fœtus qui forment le système nerveux, vont se replier sur elles-mêmes pour former un tube qu’on appelle le tube neural. Ils les ont comparés à un groupe de 50 nouveau-nés exempts de toute malformation. Les scientifiques ont d’abord constaté que ces polluants se retrouvent bien dans le placenta et dans le sang de la mère. Ils ont ensuite remarqué que le risque de défaut de fermeture du tube neural augmente avec la dose de polluants mesurée. Les PCB peuvent également entrainer des retards de croissance. C’est ce qu’a montré une étude parue en 2010. Une équipe de chercheurs américains a suivi pendant 3 ans (entre 2003 et 2005) 499 garçons russes âgés de 8 à 9 ans. Les résultats montraient que l’exposition aux PCB et dioxines (niveaux mesurés dans le sang) est associée à un retard de croissance durant la période pré-pubère, ce qui pourrait affecter l’état général de santé au cours de l’adolescence.
Pour aller plus loin, consultez notre synthèse "Les PCB, quels risques pour la santé?"
Les pesticides :
La France est le premier utilisateur européen de pesticides en Europe et le 3ème dans le monde. Utilisés de façon massive en agriculture, les pesticides ont d’abord paru bénéfiques. Mais leurs effets nocifs, notamment sur la fertilité, ont été rapidement mis en évidence.
Parmi les pesticides ayant un effet perturbateur endocrinien, on peut citer le DDT, le dieldrine, le chlordane, l’atrazine, l’éthylène thiourée, l’heptachlor, le lindane, le malathion. Certains sont interdits depuis longtemps en Europe mais persistent encore dans l’environnement.
Les agriculteurs étant les premiers exposés, de nombreuses études épidémiologiques ont déjà montré une relation entre l'exposition aux pesticides et les troubles du développement. Ces troubles sont dus à un dysfonctionnement du système hormonal induits par les pesticides, entrainant notamment des problèmes de stérilité. Entre 1995 et 1998, des scientifiques de l’INSERM et de l’hôpital Garibaldi à Rosario, en Argentine, ont étudié une population de 225 argentins issus d’une des régions agricoles les plus productives (où les pesticides sont fortement utilisés) et qui avaient consulté pour problème d’infertilité. Les résultats ont montré que l’exposition aux pesticides est associée à des concentrations en spermatozoïdes bien en dessous de la limite de la fertilité.
Une autre étude récente a suggéré qu’une exposition prénatale aux pesticides serait à l’origine de malformations génitales masculines externes. Cette étude a été menée pendant 2 ans au Brésil, pays dans lequel beaucoup d’habitants vivent dans des favelas dépourvues d'égouts, où pullulent les insectes. Les insecticides sont donc utilisés massivement. Au total, 2 710 garçons ont été examinés dans les 48 heures après leur naissance. Les scientifiques ont recherché trois anomalies génitales : l'absence de descente des testicules dans les bourses (cryptorchidie), la position anormale du méat urinaire (hypospadias) et le micropénis (défini comme de morphologie normale mais mesurant moins de 31 mm, par rapport à la moyenne qui est de 47 mm dans cette population). Ils ont alors identifié 56 cas de malformations génitales: 23 cas de cryptorchidie (0,85 % des garçons), 15 cas d'hypospadias (0,55 %) et 18 cas de micropénis (0,66 %). En parallèle, les chercheurs ont évalué l’exposition prénatale à l’aide d’un questionnaire adressé aux parents. Ils ont alors constaté que 92 % des garçons présentant une malformation génitale avaient subi une exposition durant la période fœtale ! De plus, 80 % des mères et 58 % des pères avaient eu une ou plusieurs activités professionnelles impliquant l'usage de pesticides ou d'autres perturbateurs endocriniens.
Source :
Association Santé Environement France.
Écrit par J.Maherou, S. Norest & L.Ferrer
Pour lire l'article complet et comprendre la problématique des perturbateurs endocriniens.
PE dans :
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Les cosmétiques (crême solaire, shampoing, mousse à raser)
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Les plastiques (films plastiques alimentaires, biberon, etc)
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Les revêtements
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Les insecticides
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Les solvants (produits vaisselle, etc)
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Etc
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Etc ... Edifiant